Dionewar face aux risques climatiques : renforcer l’accès à l’information sur la finance climatique et les instruments de gestion de risques climatiques au plus près des communautés vulnérables.
Le 24 septembre 2025, ENDA ÉNERGIE et l'Association pour le Développement de Dionewar (ADD) ont organisé un atelier d'information et de préparation des organisations communautaires à la mise en œuvre et au suivi du Projet Multi Acteurs Partnership sur le financement et l’assurance des risques de catastrophes climatiques (MAP-FARCC) . Rassemblant autorités administratives, élus locaux, OSC et représentants des communautés de base, cette rencontre qui s'est tenue à Dionewar a constitué une étape clé dans l'appropriation locale des dispositifs de financement et d'assurance des pertes et dommages climatiques.
Dans un contexte où les pertes économiques et non économiques liées aux chocs climatiques au Sénégal ont été estimées à plus de 109 millions de dollars en 2022 et où le Delta du Saloum subit une intensification de l’érosion côtière, de la salinisation des terres et de la raréfaction des ressources halieutiques, l’atelier a permis de repositionner les communautés comme acteurs clés du débat sur la finance climatique. Les échanges se sont appuyés sur les constats scientifiques du GIEC, confirmant l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas, et sur des données locales montrant l’avancée significative du trait de côte dans la zone de Palmarin et de Dionewar, ainsi que la transformation des dynamiques littorales depuis l’ouverture de la brèche de 1987.
Les présentations techniques ont mis en lumière sur les acquis majeurs de la première phase du projet MAP (2019–2022), conduite avec des partenaires internationaux, notamment l’établissement d’un état des lieux des mécanismes de financement et d’assurance des risques climatiques au Sénégal, la promotion des assurances agricoles et le plaidoyer pour l’intégration des pertes et dommages dans les politiques climatiques nationales, y compris la Contribution Déterminée au niveau National (CDN). La phase actuelle (2023–2026) franchit un cap en visant trois résultats structurants : contribuer activement aux discussions nationales et internationales sur le financement des risques, combler les lacunes en matière de données probantes locales sur les pertes et dommages, et renforcer les connaissances des acteurs communautaires sur les instruments financiers, assurantiels et de protection sociale liés au climat.
L’un des apports techniques majeurs de l’atelier réside dans le partage des résultats de l’évaluation participative des pertes et dommages à Joal et Dionewar. Cette démarche a permis de croiser des données scientifiques et savoirs locaux pour documenter les projections d’évolution du littoral à l’horizon 2100, les tendances des températures annuelles et les impacts socio-économiques directs sur les moyens de subsistance. À Dionewar, la zone de Facal, désormais exposée directement à l’océan Atlantique, concentre les vulnérabilités telles que : recul du trait de côte, pression accrue sur l’habitat, perte de terres agricoles par salinisation et éloignement des zones de pêche traditionnelles, avec pour conséquence une hausse des coûts d’exploitation et une baisse des revenus des ménages.
Au-delà du diagnostic, l’atelier a produit des orientations opérationnelles. Les participants ont recommandé l’allègement des procédures d’accès aux financements climatiques, notamment aux fonds verts, afin de permettre aux organisations communautaires d’y accéder plus efficacement. Ils ont également insisté sur la nécessité d’une meilleure prise en compte des spécificités écologiques des îles du Saloum et de la Petite-Côte dans les politiques publiques, ainsi que sur le renforcement des actions de sensibilisation et de formation sur les notions de pertes et dommages auprès des OCB. Ces recommandations traduisent une volonté forte de passer d’une posture de vulnérabilité subie à une stratégie d’anticipation structurée et informée.
L'atelier a également permis de consolider les bases d'une coopération formelle entre ENDA ÉNERGIE et l'ADD. Les deux parties se sont engagées à conclure un accord de partenariat, sous réserve de validation par les organes dirigeants de l'association. Ce cadre partenarial structuré sera déterminant pour territorialiser le projet MAP-FARCC, assurer un suivi de proximité des mécanismes de financement climatique et amplifier la représentation des communautés insulaires dans les débats nationaux sur la justice climatique.
En définitive, cette rencontre a permis de transformer des constats alarmants en une feuille de route partagée, articulant l’expertise scientifique, l’expérience communautaire et le plaidoyer institutionnel. À Dionewar, la question du financement et de l’assurance des risques climatiques n’est plus un enjeu abstrait ; elle devient un chantier concret, porté par des acteurs locaux désormais mieux outillés pour défendre leurs droits, documenter leurs pertes et peser dans les décisions qui engagent l’avenir du Delta du Saloum.