Les connaissances locales comme moyen de résilience au changement climatique à Joal

Les connaissances locales comme moyen de résilience au changement climatique à Joal

Les zones côtières figurent parmi les plus vulnérables au changement climatique. En effet, elles concentrent la plupart des activités économiques et des habitations, au plan mondial.

En Afrique de l’Ouest, 60% de population vit sur les côtes qui, par ailleurs, accueillent les installations portuaires et une grande partie des industries. Cette attractivité des zones littorales contribuent à les rendre vulnérable au changement climatique et à ses corollaires, notamment l’érosion côtière et élévation du niveau de la mer.

GIZC : L’Etat sénégalais soutient l’effort des communautés de base dans l’adaptation au Changement Climatique

Le Sénégal n’échappe pas à cette donne sous-régionale. Les 700 km de côtes que possède le pays regroupe quatre cinquième de la population, soit environ 9,6 millions de personnes. Le littoral est, de ce fait, le lieu d’importantes activités économiques, dont l’exploitation des ressources halieutiques est l’un des tous premiers. En raison de la clémence de son climat et de son attractivité économique, il accueille d’importants flux migratoires, grossissant les rangs des populations autochtones déjà établies. Partout ailleurs, les femmes sont des actrices majeures des activités économiques liées à l’exploitation des ressources de la mer. Malgré d’énormes difficultés, elles parviennent à tenir des activités génératrices de revenus. Actives dans la transformation des produits de la pêche, elles sont aussi les gardiennes de l’équilibre des écosystèmes marins et estuariens.

L’Etat du Sénégal s’est engagé dans un processus de renforcement des moyens de résilience et d’adaptation des communautés de base face aux impacts négatifs des changements climatiques. Il est apparu, très tôt, que la réalisation d’ouvrages de protection ne consistait pas, à elle seule, une solution durable à la préservation des zones littorales. De telles initiatives devraient être complétées et soutenues par des actions de sensibilisation-formations des populations. Ces actions permettraient, à terme, une gestion participative, durable et responsable des ouvrages communautaires, pour une meilleure gestion du littoral.

Depuis le Sommet de Stockholm sur le développement humain de 1972, et la publication du Rapport Brundtland en 1987, la société civile mondiale s’est fait la tête de proue de la préservation de l’environnement. En Afrique, et au Sénégal, Enda Tiers-Monde fait partie des organisations majeures de la société civile à prendre en charge les problématiques d’environnement et de développement durable. Membre du réseau Enda Tiers-Monde, Enda-Energie a emboîté le pas à la multitude d’organisations œuvrant pour la préservation des écosystèmes et la gestion durable des ressources naturelles. Forte de son expérience, elle s’est vue confier la mission de mettre en œuvre les actions concrètes du projet de Gestion Intégrée des Zones Côtières, lancé par l’Etat du Sénégal, à travers le Ministère en charge de l’Environnement. Enda-Energie a sollicité l’association Jeunes Volontaires pour l’Environnement au Sénégal (JVE-Sénégal) pour contribuer à la mise en œuvre de cet important projet étatique. JVE Sénégal est une association dont la mission est d’outiller et de soutenir la jeunesse en vue de son implication dans la promotion de la justice sociale et la gestion durable des ressources naturelles.

L’Union Européenne s’est engagé à appuyer les efforts de l’Etat du Sénégal, à travers l’octroi d’une subvention de 4 500 000 euros. Celle-ci devait permettre, d’une part, la réalisation de grands ouvrages et, d’autre part, le renforcement des capacités des communautés de base. Au total, quatre (4) communes ont été ciblées pour servir de sites pilotes à la mise en œuvre du projet. Malika, Saint-Louis, Mbour et Joal. De toutes ces communes, celle de Joal se distingue par l’hétérogénéité de sa population, l’importance de son activité de pêche et, non des moindres, son histoire séculaire.

Dans tous les sites pilotes du projet, sensibilisation, renforcement de capacités et plaidoyer ont été les maîtres-mots de l’action du projet. Cependant, le contexte de Joal, avec l’existence d’une remarquable dynamique communautaire, a été vécu presque comme un « symbole » ou un « cas d’école ». La multiplicité des organisations de protection de l’environnement a, d’une certaine façon, facilité le déroulement des activités. Pour cause, des acteurs alertes et conscients étaient déjà sur place !

Le patrimoine local comme moyen d’adaptation au changement climatique…

C’est un peu comme cela qu’il faut entrevoir l’action de la GIZC à Joal. On ne peut, raisonnablement, occulter le rôle et l’importance des outils et méthodes standards de collectes et de traitement de données, qui a servi à l’élaboration d’une situation de référence au projet. Si les enquêtes d’opinion et analyses statistiques ont montré leur efficacité, les connaissances locales ont joué un rôle non négligeable, et même déterminant, dans l’exécution des activités. La connaissance du terrain par les acteurs et la maîtrise des problématiques de développement de leur localité ont servi d’orientations à l’implémentation de la GIZC à Joal.

Nous sommes à Joal, un week end, dans le cadre d’une mission de sensibilisation et d’échanges avec les acteurs : « L’avancée de la mer n’est pas un phénomène nouveau dans la commune. Mais elle a été accélérée depuis un certain temps ». Ces propos émanent de la bouche de ceux qui, en raison de leur âge et de leur notoriété, sont considérés comme des Anciens. Des voix plus jeunes affirment même que « il y a une dizaine d’année, la berge se situait à une vingtaine de mètres plus loin de sa position actuelle ». Si l’on peut remettre en cause l’objectivité de cette appréciation, on ne peut, pour autant, se refuser à l’évidence : la mer gagne du terrain et la commune, elle, en perd. Sur cette côte de l’Atlantique, la sincérité des propos n’est pas de façade. Elle ne change pas non plus, soudainement, au gré de paramètres climatiques variables. Elle est constante et inaltérable. C’est dans les profondeurs de ce discours que nous sommes allés chercher l’information. Celle-ci a été documentée, pour en faciliter la conservation. Elle a, ensuite, été analysée, interprétée puis codifiée. De tout ce processus sont nées des connaissances qui, diffusées et répliquées à large échelle, permettront, dans d’autres réalités, de mieux faire face au changement climatique.

L’expérience de Joal en bref

Des femmes dynamiques, des jeunes engagées, des écoliers avides de savoir, des enseignants en quête de perfectionnement… Ce sont autant de sensibilités qui ont travaillé, en bonne intelligence, et avec beaucoup de complicité, pour mettre en œuvre le projet de Gestion Intégrée des Zônes Côtières (GIZC) dans la commune de Joal. Au fil des heures, des jours et des semaines, la mobilisation est arrivée à son comble. Plus de 1000 jeunes, femmes et hommes, se sont inscrits dans une dynamique de protection du littoral de l’effet néfaste de l’érosion côtière…

JVE-Sénégal et la GIZC…

Tout a commencé par une formation des relais locaux et de la presse, pour une meilleure contribution à l’atteinte des objectifs du projet. Au bout de 10 semaines de discussion, un contrat de prestation a été signé entre JVE-Sénégal et Enda Energie. Pour JVE, c’est l’officialisation d’une collaboration déjà officieuse. Pour Enda Energie, c’est l’opportunité d’expérimenter une approche « Jeunes » dans l’exécution d’un projet d’envergure. Visites de terrain, rencontres avec les acteurs et opérations de masse ont rythmé l’intervention de JVE-Sénégal à Joal. Dans la foulée, ce ne sont pas moins de 200 jeunes qui ont été sensibilisés et formés à l’écocitoyenneté, aux meilleures pratiques de gestion des déchets et au plaidoyer climatique, entre autres. Plus de 150 heures de travail ont été nécessaires à la préparation, à la validation et à l’implémentation des activités sur le terrain. Comme principal résultat : la prise en charge, par les jeunes, des questions climatiques, à travers des actions de veille et d’évaluation des impacts du projet.